Bienvenue chez moi, chez toi, chez nous đđŠ
Le tourisme est mort, vive lâhospitalitĂ© !
La crĂ©ation rĂ©cente des « agences dâattractivitĂ© », qui fusionnent les missions des offices de tourisme et des agences de dĂ©veloppement pour attirer visiteurs, nouveaux habitants et entreprises, doit attirer notre attention. En concentrant l'argent public pour l'accueil de ceux qui disposent des ressources Ă©conomiques, de la mobilitĂ© et du capital social (touristes solvables, investisseurs, entrepreneurs, cadres et nouveaux rĂ©sidents qualifiĂ©s), on Ă©carte sciemment les populations prĂ©caires ou modestes, ou simplement celles qui ne correspondent Ă aucun rĂ©cit dâattractivitĂ©.
DerriĂšre le vocabulaire sĂ©duisant de lâaccueil et de lâattractivitĂ© se dessine ainsi le risque dâune politique territoriale Ă deux vitesses : une ville pensĂ©e pour attirer ceux que lâon juge dĂ©sirables, et une ville qui "oublie" ceux qui la font pourtant fonctionner.Â
Nous voulons poser ces questions et y apporter des rĂ©ponses : Qui accueille Ă Nantes ? Qui est accueilli ? Dans quelles conditions ? Quels lieux, quels gestes et quelles initiatives permettent de se sentir bienvenu ? Quelles formes dâhospitalitĂ© sont dĂ©jĂ lĂ , mais restent invisibles ? Et quelles nouvelles maniĂšres dâaccueillir pouvons-nous imaginer ensemble ?
Le mot « hospitalitĂ© » est plus large que celui dâaccueil touristique ou d'attractivitĂ© Ă©conomique. Il invite Ă regarder toutes celles et ceux qui arrivent dans une ville : visiteurs, touristes, Ă©tudiants, nouveaux habitants, travailleurs, artistes, personnes en mobilitĂ©, personnes exilĂ©es, etc. Mais il invite aussi Ă regarder celles et ceux qui accueillent : habitants, associations, professionnels, institutions, commerçants, bĂ©nĂ©voles, lieux culturels.
Et si lâhospitalitĂ© Ă©tait un projet de sociĂ©tĂ© ?
Nos territoires connaissent une fragmentation croissante. Les inĂ©galitĂ©s et la pauvretĂ© progressent, et avec ça, parfois, la mĂ©fiance envers celles et ceux que lâon perçoit comme diffĂ©rents. Les occasions de se rencontrer rĂ©ellement se rarĂ©fient, tandis que chacun tend Ă vivre dans des espaces, des rĂ©seaux et des communautĂ©s qui se croisent sans toujours se rencontrer.
Dans ce contexte, parler dâhospitalitĂ© nâest pas anodin. Le travail rĂ©alisĂ© par lâassociation Marseille HospitalitĂ©s, nous a tendu un miroir pour nous poser les questions suivantes :Â
Quel territoire voulons-nous ? Des villes oĂč lâon sait accueillir celles et ceux qui ont les moyens dây sĂ©journer, dây consommer, dây travailler ou de sây installer, mais oĂč les plus fragiles sont renvoyĂ©s Ă des dispositifs spĂ©cialisĂ©s et Ă des espaces Ă part ? Ou un territoire capable de faire une place Ă chacun·e, quelles que soient ses ressources, son origine, son Ăąge, son parcours ou sa situation.
LâhospitalitĂ© est-elle rĂ©servĂ©e aux touristes, aux nouveaux habitant·es, aux Ă©tudiant·es, aux cadres ou aux visiteurs de passage ? La solidaritĂ© est-elle rĂ©servĂ©e uniquement Ă lâaccueil des personnes en situation de prĂ©caritĂ© ou dâexil ? Entre ces deux visions, il existe un mĂȘme enjeu : la capacitĂ© dâun territoire Ă faire une place Ă celles et ceux qui la traversent, qui y passent et qui y vivent.
Câest cette conception large de lâhospitalitĂ© que Les HĂ©rons souhaitent aujourdâhui mettre en discussion sur la mĂ©tropole nantaise. Car nous ne voulons pas dâun territoire Ă deux vitesses : hospitalier pour les uns, solidaire pour les autres.
Pour Les HĂ©rons, cette rĂ©flexion nâarrive pas de nulle part.
Depuis leur crĂ©ation, Les HĂ©rons explorent une autre maniĂšre de faire dĂ©couvrir la mĂ©tropole nantaise. Avec des habitants, des associations, des artistes, des acteurs culturels et Ă©conomiques, lâassociation construit une « communautĂ© dâhospitalitĂ© » et propose des expĂ©riences fondĂ©es sur la rencontre et lâĂ©change. Accueillir chez soi, partager une histoire, faire dĂ©couvrir son quartier, transmettre un savoir-faire, ouvrir un lieu : autant de façons de faire dĂ©couvrir un territoire autrement.
Cette rĂ©flexion sur lâhospitalitĂ© prolonge directement le travail menĂ© depuis plusieurs annĂ©es autour du tourisme participatif et de la rencontre entre habitants et visiteurs. Lâassociation dĂ©fend une maniĂšre de dĂ©couvrir la mĂ©tropole qui ne se limite pas aux lieux incontournables : elle sâappuie sur celles et ceux qui vivent le territoire et souhaitent en partager les richesses.Â
Faire de lâhospitalitĂ© une question collective
Lâenjeu nâest pas de dĂ©crĂ©ter que la mĂ©tropole nantaise est ou sera hospitaliĂšre.
Une ville hospitaliĂšre nâest jamais dĂ©finitivement acquise. Elle se construit, se questionne et se transforme. Elle pose ainsi des questions trĂšs concrĂštes : lâaccĂšs aux lieux et aux services, la mobilitĂ©, le logement, la culture, la rencontre, lâinformation, la place donnĂ©e aux diffĂ©rences, mais aussi la capacitĂ© Ă crĂ©er des espaces oĂč chacun·e peut contribuer Ă la vie collective.
LâhospitalitĂ© nâest donc pas seulement une qualité que lâon attribue Ă une ville. Câest une maniĂšre de faire la ville.
Et câest peut-ĂȘtre lĂ que se trouve la spĂ©cificitĂ© que Les HĂ©rons souhaitent explorer : cette capacitĂ© Ă faire ensemble, Ă expĂ©rimenter, Ă crĂ©er des passerelles entre habitants, associations, acteurs culturels et Ă©conomiques, et Ă considĂ©rer le territoire comme quelque chose qui se partage.
Les HĂ©rons veulent ouvrir ce nouveau chantier ici sur la mĂ©tropole nantaise et plus spĂ©cifiquement Ă Nantes: relier et faire grandir les hospitalitĂ©s qui existent dĂ©jĂ , tout en donnant envie dâen inventer de nouvelles.
Parce quâau fond, la question est simple : comment faire pour que chacune et chacun puisse, Ă Nantes, sur notre mĂ©tropole, se sentir attendu·e, reconnu·e et bienvenu·e ?